LES FONCTIONNAIRES RESPONSABLES DE LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA FRANCE ? Les vraies fausses vérités entre le Public et le Privé

(synthèse et extraits de l’article Facebook du site « alternatives économiques »)

Un mauvais procès:

Les élections sont là… Haro sur les fonctionnaires ! A l’automne dernier, la primaire de la Droite avait tourné au concours de celui qui proposerait le plus de suppressions d’emplois publics. F. Fillon en était sorti vainqueur avec sa volonté de supprimer 500 000 poste de fonctionnaires d’ici 2022. Hors des  primaires de la Gauche, E. Macron estime lui aussi dans son programme la nécessité de réduire le nombre de fonctionnaires de plus de 120 000 postes. Ces deux prétendants à la fonction suprême de l’État se trompent lourdement pour plusieurs raisons. La principale est bien que nous avons besoin de plus en plus de services publics pour que les salariés et les entreprises du privé puissent travailler dans des conditions idéales. la seconde est un mauvais calcul: 120 000 ou 500 000 postes de supprimés dans la Fonction Publique, c’est au bas mot 120 000 ou 500 000 chômeurs de plus pour la France. Et quand on dit au bas mot, ce ne sont pas des paroles en l’air ! La suppression de ces emplois entraînerait in fine des pertes d’emplois dans tous les secteurs d’activité (commerces, artisanat, etc.). La « caisse  » chômage verrait ses comptes s’enfoncer un peu plus dans le rouge et remettrait en cause les cotisations des salariés restant actifs, du Privé comme du Public.

Les services publics accompagnent notre vie à tous, de la naissance à notre décès : sans crèches, sans écoles, sans personnels médicaux ou soignants, sans personnels administratifs (mariages, naissances, décès, passeports, pièces d’Identité…,) sans assistantes sociales, sans transports en communs, sans du personnel pour s’occuper des personnes âgées, sans personnels funéraires, les français pourraient se sentir plus vulnérables et insuffisamment sécurisés pour l’avenir pour se concentrer à 100% de leurs tâches.

Les entreprises ont aussi absolument besoin de « biens publics » de qualité pour prospérer. Et ces biens publics, on ne sait les produire que par une action publique mise en œuvre le plus souvent par des employés du secteur public. Au fur et à mesure que la division du travail s’approfondit et que des personnes et des organisations plus nombreuses interviennent pour la production du moindre bien ou service, les entreprises ont même de plus en plus besoin de ces fameux biens publics : une organisation économique aussi sophistiquée nécessite en effet un environnement de plus en plus stable, prévisible, optimisé…

Y A-T-IL PLUS DE FONCTIONNAIRES EN FRANCE ?

En 2014, les 3 fonctions publiques (État, Hospitalière et Territoriale) rassemblaient 5,4 millions de salariés. soit 20% de l’emploi total. C’est 220 000 agents de plus qu’en 2004. Sur cette période de dix ans, la fonction publique de l’État (44% des effectifs globaux) a perdu  plus de 250 000 postes suite au transfert vers les collectivités locales de 135 000 fonctionnaires avec des responsabilités décentralisées telles que le RSA, (ancien RMI) mais aussi certaines institutions comme le personnel d’accueil, de restauration et d’hébergement des collèges et des lycées, des personnels de l’Équipement (voirie départementale et régionale..).

En revanche, et en partie mécaniquement, le nombre de fonctionnaires territoriaux a augmenté dans la même tranche de 2004 à 2014 de 7,1% de par le transfert de ces personnels de l’État, mais aussi parce que de plus en plus de personnes atteignent l’âge de départ à la retraite  (baby boom d’après guerre) ce qui implique  des besoins croissants en matière de personnels de soin et d’accompagnement en maisons de retraite ou en Établissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes, (EHPAD). De plus, la titularisation de dizaines de milliers  d’agents en situation précaire (loi Sauvadet) a contribué aussi largement à cette augmentation.

Par ailleurs, si le nombre global de salariés travaillant pour la Fonction Publique augmente, le nombre de titulaires ne cesse de décroître au profit de CDD et de CDI et du recours par les collectivités locales à de plus en plus d’emplois précaires et dits « saisonniers » ou de « temps partiels » (20% des effectifs).

Enfin, la population française est passée de 60,5 millions d’habitants en 2004 à 64,9 millions en 2017. Toutes fonctions publiques confondues, le nombre de fonctionnaires (hors contrat aidés) a augmenté  de 1,3% pendant cette période. Moins de deux fois l’augmentation de la population totale (2,8%). La démographie n’est jamais prise en compte lorsque l’on parle du nombre de fonctionnaires en France.

PLUS DE FONCTIONNAIRES EN FRANCE

QUE DANS LES AUTRES PAYS D’EUROPE ?

Si la France se situe dans la fourchette haute des pays les plus industrialisés européens, elle a clairement besoin de tous ses fonctionnaires pour offrir des services publics de qualité.

Avec 86 emplois publics pour 1000 habitants elle se retrouve loin derrière les pays nordiques, tels que la Finlande, la Suède et le Danemark, pays qui n’ont pas vocation à être spécialement endettés par la masse salariale que représente le nombre de fonctionnaires (SIC). Elle devance néanmoins d’autres pays comme le Portugal, (68 fonctionnaires pour 1000 habitants) et l’Allemagne (60 pour 1000).

Mais il faut comparer ce qui est comparable:

Ah ! l’Allemagne ! Source intarissable de comparaison entre nos deux pays pour nos politiques et nos journalistes !! Alors comparons…

83 millions d’habitants en Allemagne, 66 millions en France: 4,5 millions d’emplois public en Allemagne, 5,4 millions en France. Mais:

Les jeunes Allemands commencent l’école à … 6ans ! au lieu de 3 ans en France, ce qui veut dire plus d’enseignants et de personnels de la petite enfance chez nous. En Allemagne, la Kindergaten (école maternelle) n’est pas obligatoire et reste payante pour les parents qui désirent scolariser leurs enfants.

Autre exemple: Les personnels des hôpitaux ne sont pas comptabilisés dans les effectifs de la fonction publique allemande, bien que financés par l’argent public… en France ce sont 1,2 millions d’agents de la Fonction Publique Hospitalière qui œuvrent  à protéger notre santé.

Si l’on exclut la Santé, l’Éducation et les administrations et que l’on compare les secteurs non marchands, la France se situe au même niveau que les autres grands pays industrialisés et même derrière les États-Unis, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle…

Enfin, les pays qui avaient décidé d’une baisse significative du nombre de fonctionnaires il y a quelques années, tels la Suède, le Canada ou le Royaume-Uni ont engrangé un succès, mais qui n’a été qu’éphémère ! Aujourd’hui, dans tous ces pays, la part de fonctionnaires est plus élevée qu’en France…

EMPLOI A VIE ?

Seuls 72% des agents publics bénéficient de ce statut particulier. Ce chiffre est en constante diminution de part le recours de plus en plus fréquent aux contractuels, aux emplois aidés et autres… Exemple: en 2013, les contractuels ont représenté 54% des embauches et les emplois aidés 23%. Seuls 16% des emplois ont été pourvus par des fonctionnaires. Ces statistiques confirment bien la volonté de ne plus garantir à vie l’emploi de ceux qui rendent un service de qualité à la population.

Si certains hommes ou femmes politiques proposent aujourd’hui de ne plus garantir aux fonctionnaires l’emploi à vie, ils oublient (ou peut être pas…) que si l’emploi est garanti à vie par les statuts de la Fonction Publique, c’est pour limiter les pressions politiques éventuelles sur des agents placés sous leurs ordres. La garantie de l’emploi est donc, dans le cadre républicain, un moyen d’assurer aux usagers un service public rendu de manière impartiale, par des agents préservés des pressions politiques et partisanes.

Cette garantie de l’emploi ne prémunit cependant pas contre de mauvaises conditions de travail. Les contraintes physiques sont aussi fortes dans la Territoriale que dans le Privé, et encore plus dans l’Hospitalière. Ces deux fonctions publiques subissent de plus en plus des horaires de travail atypiques. Beaucoup d’entre eux travaillent désormais en horaires décalés, de nuit, ou encore les weekends. Pour ces deux dernières spécificités, les fonctionnaires sont beaucoup plus nombreux que les salariés du privé a travailler et ce, dans des conditions parfois hostiles, notamment de la part des usagers…

Enfin, l’emploi à vie est subordonné à des contraintes en matière de liberté d’expression ou de droit de grève pour les militaires.

LES  FONCTIONNAIRES MIEUX PAYÉS QUE DANS LE PRIVÉ ?

Si globalement les salariés de l’État sont mieux rémunérés que dans le Privé, ce n’est pas le cas pour les territoriaux et les hospitaliers. Quand aux cadres, ils sont nettement moins bien payés dans le secteur public que dans le privé.

Le gel, entre 2010 et 2016 du point d’indice, qui sert à calculer la rémunération des fonctionnaires, a entraîné une perte du pouvoir d’achat indéniable, car les traitements ont évolué moins vite que l’inflation, malgré la mise en place de la Garantie Individuelle du Pouvoir d’Achat(GIPA) instaurée en 2008 et qui ne concerne que 350 000 agents par an sur les 5,4 millions de fonctionnaires en activité. De plus, la GIPA est versée en tant que prime et ne compte donc pas pour la retraite…

Le développement de primes, pour ceux qui en bénéficient (…) est très variable. Pour les catégories les plus basses de la FPT, elles peuvent aller de moins de 4% du traitement à 30% pour des cas très rares. La cotisation sur ces primes ne donne qu’une retraite complémentaire de misère (à peine quelques dizaines d’euros pour une carrière complète).

LES  FONCTIONNAIRES TRAVAILLENT

MOINS QUE DANS LE PRIVÉ ?

1584 HEURES PAR AN ! Voilà la durée réelle moyenne de travail effectuée par les fonctionnaires, soit 1,4% de moins que la durée règlementaire, qui est de 1607 heures. Avouez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, fusse-t-il titulaire…

Selon les différents rapports commandés par les gouvernements successifs,  la différence s’explique surtout par les astreintes et des horaires plus souvent atypiques que dans le privé. Près de 37% des fonctionnaires travaillent de nuit contre 26% des salariés du privé, et 18% travaillent le dimanche, contre 15% dans le privé. Les compensations pour faire tourner certains services jour et nuit prennent plus souvent la forme de récupération et donc de travail en moins que d’une rémunération supplémentaire, qui reste l’exception.

Comme dans le privé, certains fonctionnaires connaissent des heures à rallonge, connecté à leurs outils numériques. Sous la pression du « management » ces heures supplémentaires ne sont pas toutes déclarées et l’intensification du travail n’épargne pas les agents. La proportion des employés administratifs dont le poste exige une réponse immédiate à un usager a doublé en 20 ans selon plusieurs rapports indépendants.

ET POUR LA RETRAITE ?

Un agent classé en catégorie « active », dont les tâches présentent un risque professionnel important ou une fatigue exceptionnelle, peut faire valoir plus tôt ses droits à la retraite (52 ans pour un policier, 57 ans pour une infirmière, un fossoyeur ou un égoutier). Certains services publics (SNCF, RATP) prévoient le départ anticipé de certaines catégories d’agents comme les conducteurs de trains ou de rames grâce à des régimes spéciaux, qui par ailleurs, concernent de moins en moins d’agents.

Mais pour la majorité des fonctionnaires, les règles ont été alignées sur celles du privé depuis la réforme des retraites de 2010 (gouvernement FILLON), qui fixe l’âge du départ en retraite à 62 ans à partir de la génération 1955.

Dans le secteur privé (gouvernement Balladur) , les 25 meilleures années de carrière sont prises en compte pour le calcul de la pension. Les fonctionnaires , malgré diverses attaques, bénéficient en théorie d’un mode de calcul plus favorable, basé sur les six derniers mois de l’activité. Pour autant, ces derniers ne sont pas mieux lotis que leurs camarades du privé, du fait notamment de la non prise en compte des primes dans ce calcul. Selon le COR  (Conseil d’Orientation des Retraites) si on appliquait les règles du privé aux salariés du public (par exemple la majoration de deux années par enfant au lieu d’une dans la fonction publique), plus de la moitié des agents du public nés en 1958 y gagneraient…

 

partager:

Commentaires fermés.